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"Le journal de mes navigations" (par Sandrine)





Ici, le journal de Sandrine, à bord du Luna Blu, parti le 8 janvier du Cap-Vert en direction du Brésil, pour une traversée prévue d'une vingtaine de jours.


Dimanche 17 mars 2019
"Au pays de Blue et Perla comme chacun le sait et comme ailleurs dans le monde, tout n'est pas rose. En revanche une chose est certaine, la planète a été carrément généreuse avec le Brésil, côté nature. Elle s'en mord sans doute un peu les doigts aujourd'hui mais c'est comme ça. Au loto du plus bel environnement sur terre, le Brésil a fait carton plein ! Fait un peu chaud maintenant avec le réchauffement climatique mais sinon un vrai petit paradis ! Bon heureusement que l'homme a été là pour mettre un peu d'équité dans tout ca et de ce côté là, on peut évidemment compter sur le nouveau président du pays pour terminer le travail et ramener peut-être le Brésil au rang de la Belgique en terme de biodiversité. Mais comme dit Mathieu qui a fait l'année dernière un bout de chemin avec nous, faut pas confondre Etat et pays ; un principe plein de bon sens que j'ai volontiers adopté et qui autorise tous les espoirs. Et c'est sans doute ce qui m'a plus dans Rio, son espoir. Une ville où tout est possible ; le pire sans doute, qu'on n'aura pas vu mais aussi le meilleur, entre-aperçu. Une ville née avec une cuillère en argent dans la bouche, entre mer et montagne, bleu ciel et vert forêt, qui a fait grandir ses immeubles à l'ombre des pitons rocheux et au bord des plages de sable fin ; où des générations de cariocas se sont fait bronzer sous un parasol à franges en sirotant de l'eau de coco même à Copacabana où la glacière est toujours à la mode. Une ville brillante et pailletée comme son carnaval mais qui a su rester simple comme ce quartier d'Urca où nous avons passé près d'une semaine aussi à l'aise que si nous avions loué dans une modeste station balnéaire avec juste ce qu'il faut de cachet. Une chouette ville, qui, grande classe, vous cède volontiers la place de la vedette, en haut du Corco ou du pao de azucar dans un décor de légende. Une ville amie au contact de laquelle on aimerait rester plus longtemps, histoire de chopper son truc. Une ville généreuse qui a décidé de partager sa succes story avec toi, le temps de ton passage, un peu comme Flavio Canto, ce beau gosse médaillé olympique, qui sur un simple coup de fil, nous a ouvert, royal, les portes du centre olympique du Brésil et applaudi sur un tatami avec la fine fleur du judo brésilien et les enfants des favelas. Une situation un peu folle, comme Rio, ses strass et sa simplicité, sa grandeur et sa modestie. Si Rio nous a gardé plus longtemps, c'est à cause d'une grosse fièvre qui a imposé à notre équipage un nécessaire repos et ralenti notre course. Nous n'en avons pas vu beaucoup plus que le soleil qui se lève et se couche imperturbablement dans cette incroyable baie que les Francais ont bien tenté de ravir aux Portugais, les uns comme les autres "ayant oublié" que cette terre là étaient déjà occupée. Mais ces 4 jours de rab m'ont définitivement conquise et j'ai quitté Rio avec l'espoir peut être un peu trop grand, que des chics filles et des chics types réussissaient ici a sortir du caniveau ceux qui sinon pourraient y rester, même en se tournant tous les jours vers les bras du Corco.
 
Nous sommes dimanche 17 mars 2019. Il est 17h14 et nous sommes à Ilha Grande, à 200 km au Sud de Rio."

Lundi 4 mars 2019

Les mauvaises langues diront que Planète en commun se peopolise mais que neni ! A Buzios où nous avons fait une escale technique vendredi dernier, c'est l'une des plus ardentes militantes de la cause animale que nous avons croisé sur notre route : Brigitte Bardot. Enfin ; sa statue grandeur nature. Dans les années 60, son passage ici a transformé à jamais le destin de ce petit port de pêche situé à 200 km de Rio environ. Depuis, les commerçants dont les boutiques se sont multipliées le long du littoral, lui disent merci.
Et effectivement on a bien croisé des représentants de l'espèce animale, fraichement débarqué de leur paquebot et nous aussi, on a écouté l'animal qui est en chacun d'entre nous, histoire de donner raison à BB d'avoir créé ce sanctuaire. Surtout Jean-Luc, dont la part d'animalité a pu pleinement s'exprimer à Buzios, à l'occasion du remontage de la barre du Luna Blu. Et moi aussi, j'aurais pu me laisser aller à une séance à l'écoute de mon moi profond, coincée une après-midi sous le poste de barre, la tête sur le verrin de pilote, assise sur le tuyau d'eau et les cuisses enduites de graisses à moteur, mais non ! J'ai su au contraire rester dans la parfaite maitrise de mes émotions pour soutenir mon mari en galère. Et nous sommes finalement venus à bout de cette crise de mécanique embarquée. Belle journée ; je m'en souviendrai de Buzios !
D'autant que avant d'arriver chez Brigitte, on avait déjà arrêté de rire sur le Luna Blu. Ce soir là c'était douceur de poireaux façon Royco ou nouilles chinoises au poulet en poudre ; on se serait presque laissé aller après ce repas frugal à une petite série sur Netflix, histoire d'oublier pourquoi on était là, si justement la mer ne nous avait pas rappelé qu'on ne jouait pas à domicile. Bon on n'a pas cherché à lutter, on l'a laissé prendre les choses en main comme on dit et après nous avoir mis la pâté, elle nous a laissé rejoindre Buzios tranquillement.
On n'a pas été malade vu qu'on avait dîné léger, Gabriel a fini par s'endormir, Jean-Luc a réussi à bloquer son éolienne, Daniel a réfléchi à un menu plus consistant pour le lendemain et Claire et moi avons remercié Jean-Jacques Goldmann d'avoir fait diversion. La suite, vous la connaissez. Et à l'heure où je termine ce billet, c'est la silhouetté de Rio qui se dessine dans le soleil, qui dissipe doucement les souvenirs de ces derniers jours de navigation.
Ici il est 20h47 et nous sommes à 23°022391s et 42°50020338w et on approche de Rio. 

Mardi 26 février 2019

"Bonjour à tous,
Si tu vas à Rio, n'oublie pas de monter là-haut...
Sur le Luna Blu, nous n'avons pas voulu contrarier Luis Mariano et c'est Jean-Luc qui est monté à 21 mètres en haut du mat, à 60 milles (1) seulement de Bahia. Alors oui, on était loin des 700 mètres du Corcovado (2) mais à raison d'une montée au mat tous les 60 miles, on pourrait arriver à Rio bien entraînés. Perso, je préfère finalement contrarier Luis. Quand on monte au mat, c'est qu'on a une bonne raison de le faire et une seule fois nous a suffit à confirmer que le rail qui permet de hisser la Grand voile ne nous mènerait ni à Ushuaïa, ni à Sète si toutefois nous avions des velléités de faire demi-tour. Au mieux, à Rio...
Bon et puis Murphy (3) s'y est mis ensuite et c'est Raymond (4), notre pilote qui s'est syndiqué ; plus de mode vent, seulement un mode compas. En clair, obligés en permanence désormais de régler les voiles du Luna Blu qui va suivre le cap qu'on indique à Raymond et non plus un angle par rapport au vent avec des voiles réglées. Ça peut paraître dingue mais se passer de ce menu service, ce sont des quarts où on ne peut plus fermer l’œil même quelques minutes, encore moins finir son bouquin ou écrire quelques lignes.
Bref, le petit coup de Raymond nous a fait perler quelques gouttes de sueur en plus mais bon au point où nous en étions de la surchauffe par 35° en moyenne depuis un mois, rationnés en eau douce à cause d'un dessalinisateur acheté neuf mais HS au bout de 5 mois, c'est pas ça qui nous a mis KO. Pas
tout de suite. Pas maintenant.
Le jour où tu ne trouves plus de solution à tes problèmes en bateau, il faut songer à rentrer m'a dit Robert, un voisin de ponton à Bahia, ce jour-là bien inspiré. Alors j'ai prié Yemanja (5), en souhaitant qu'elle se souvienne qu'il y a un mois nous nous étions levés à 5h pour faire une queue de 3h sous un soleil de plomb, rien que pour lui remettre nos offrandes. Oui, nos roses étaient fanées et tout Bahia était là mais en même temps nous étions les seuls français du quartier. Pas possible qu'elle nous oublie.
Depuis Raymond a repris du service et nous nous apprêtons, merci Yemandja, à passer une nuit normale à bord, à compter les étoiles et guetter le souffle d'un mammifère marin. Il nous reste bien un petit rail de 21 mètres à démonter, un équipement de remplacement à trouver et à remonter quelque part au Brésil ou ailleurs, mais Carpe Diem, pour l'instant le Luna Blu avance à bonne allure, dans la lumière du soleil qui se couche sur l'Atlantique et ce soir comme sur la Well Fargo & Co (6), il y a des patates au lard au menu. Quand on sait ce que la Well est devenue, tous les espoirs sont permis !
Surtout j'ai arrêté de répéter que la vie en bateau était plus simple que la vie à terre. Elle m'apprend juste à relativiser des situations. C'est une question d'angle de vue comme dirait Jean-Luc et c'est pas Robert qui démentirait.

(1) 1 mille nautique = 1852 mètres
(2) Statut du Christ qui domine la baie de Rio
(3) loi de Murphy, loi des situations qui s'enchaînent
(4) Raymond est le nom donné à notre pilote automatique
(5) Yémanja,  déesse de la mer des Brésiliens, célébrée le 2 février à Bahia
(6) In La Diligence, album bien connu de Lucky Luke et que connait par coeur Gabriel.

Nous sommes mardi 26 février 2019 et il est 21h05 en temps universel.
Nous marchons à 7,7 noeuds
par 18°45 7813 S et 039° 25 8156 W et tout va bien à bord malgré quelques soucis techniques.
A bientôt."


Dimanche 24 février 2019

"Bonjour à tous,
Repris du service après près de 3 semaines passées dans l'écho des batacudas qui résonnent sur les pavés du Pelourinho (1), où l'odeur des acarajés (2) et le gout suave de la caïpirinha (3), sirotée à la terrasse d'un café à la façade colorée, peinent à masquer les origines d'un Brésil où se consument encore les braises de l'Afrique.
Laissé derrière moi Bahia, la silhouette de ses gratte-ciel qui avaient surpris fin janvier notre arrivée de nuit, ses petits vendeurs ambulants, l'Avé Maria carillonnée chaque soir, Yemanjà, la déesse de la mer à qui nous avons confié tous nos vœux, ses montagnes de camaraos (4) séchées et sa célèbre moqueca (5), son architecture abandonnée et ses 3 millions d'habitants dont certains n'ont pas d'autre lit que les trottoirs encrassés de la ville.
Dis au revoir à nos voisins de ponton, Dominique et Didier, l'équipage du Ka Ora qui va poursuivre sa route en direction du Nord, Isabelle et Ariel, deux navigateurs, tombés amoureux fous de la Patagonie et qui ont achevé de nous convaincre qu'il fallait descendre malgré l'adversité climatique, revoir cette terre sauvage qui se mérite.
Quitté le jour de mes 49 ans, cette baie de tous les saints où se disputent les plages de cocotiers et les installations pétrolières dont le bruit de fond n'a pas encore eu raison des habitants de la forêt, toujours promptes à se faire entendre à la tombée de la nuit ou au lever du soleil.
Retrouvé cette nuit la voute céleste réconfortante de notre planète, quelque part entre Bahia et Rio, loin de la folie des hommes et du tumulte de la ville. Presque seule avec la mer, le vent et le Luna Blu et avec la belle illusion de renouer sans un tiret autre chose que du plaisir, un dialogue singulier avec l'essentiel, celui qui me manque souvent à terre et que j'apprécie chaque fois que nous larguons les amarres pour une nouvelle étape de notre voyage.

(1) quartier historique de Bahia
(2) beignet à base de farine de haricots fris dans de l'huile de palme. On n'a pas tous aimé.
(3) on a tous aimé
(4) crevettes
(5) sauce à base de lait de coco et d'huile de palme qui peut accompagner crevettes, crabes, fruits de mer, poissons, légumes...

Nous sommes dimanche 24 février 2019 et il est 12h44 en temps universel. Nous marchons à 3,3 nœuds par 15°43 0988 S et 038° 26 3077 W et tout va bien à bord malgré quelques soucis techniques.
A bientôt."

Samedi 26 janvier 2019

"Bonjour à tous,
Rattrapé les cours de Pilates loupés ces derniers mois. Bien travaillé mes muscles profonds et mon périnée même si j'ai désormais une jambe plus courte que l'autre. Merci la gîte ! Heureusement ce petit épisode de gym intense a pris fin et nous voici de nouveau dans presque l'allégresse d'un bateau confortable auquel le terme de notre transatlantique dans quelques jours, n'est sans doute pas non plus étranger. Vivre à 7 dans un 24m2 en mode manège pendant 15 jours relève aussi du challenge. Notre équipage s'y est collé avec brio et je reste admirative de cette prouesse collective.
Plaisirs retrouvés donc depuis 48h. Dauphins et oiseaux ne s'y sont pas trompés en partageant un peu de leur temps avec notre joyeuse bande. Avant hier, Luna Blu a été cerné par une cinquantaine de dauphins en délire qui ont  accompagné sa course pendant une trentaine de minutes. 3 d'entre eux avaient donné le ton en rejoignant d'un même saut le sillage du voilier. Pour un peu on les entendait
nous dire : "Hé les gars, on est là ! On arrrrrive !" Spectacle autour du bateau qui a scotché comme toujours le petit et les grands. Hier dans la nuit un  piaf, type merle mais il faudra consulter Yann, notre spécialiste des oiseaux  marins pour confirmer cette curieuse hypothèse, s'est posé sur un panneau solaire quelques heures pour se reposer de son voyage à lui. Hier soir, le même, lui ou un autre tournait autour du voilier à l'approche de la nuit et ce matin en prenant mon quart ils étaient deux à papoter sur les filières. Il y a bien eu aussi un thon qui a voulu partager un peu de son temps avec nous mais pour lui ça s'est mal terminé. Mieux pour nous avec un excellent sashimi qui a fait la nique aux traditionnelles lentilles de Jean-Luc.
Et je ne m'étendrai pas sur le fameux rayon vert entraperçu au coucher du soleil hier et ce petit quizz sur le ciel et l'espace orchestré après le repas par notre petit Gabriel qui s'est courageusement risqué à la gestion d'un groupe fort dissipé d'adultes.
Oui notre équipage a bien repris une vie normale à bord et j'ai retrouvé pour ma part tout le plaisir que j'ai à naviguer et que j'ai eu envie de partager en écrivant ces 7 billets. Notre arrivée à Salvador de Bahia est prévue dans 48h.
J'ignore s'il y aura un 8e billet mais qu'importe, voici ce que m'inspire mon séjour prolongé sur l'océan. La mer s'autorise tout, sans complexe. Tous les profils, toutes les facettes, toutes les humeurs, sans prendre de pincettes avec ceux qui la fréquentent. Elle est cash. C'est elle qui mène le jeu. Tantôt clémente, tantôt impitoyable. Toujours indomptable. Se frotter à elle, c'est accepter de vivre des  émotions totalement contradictoires. Et prendre conscience avec humilité que cette nature puissante qui nous échappe nous est supérieure à bien des égards.

Nous sommes samedi 25 janvier 2019 et il est 8h18 en temps universel et je  suis de quart. Nous marchons à 5,9 nœuds par 10°32 6801 S et 035° 27 4136 W et  tout va bien à bord.
A bientôt."

Jeudi 24 janvier 2019

"Bonjour à tous,
Nous sommes repartis hier de Fernando de Noronha,l'île aux dauphins où nous avions posé la pioche il y a 4 jours, au pied d'un piton rocheux distingué au loin non sans penser à ceux qui bien avant nous, ont bravé cet océan avec moins de certitudes.
Nous étions nous aussi tous excités de retrouver la terre après 10 jours et 10 nuits de navigation et quelques 2000 milles nautiques de plus au compteur du fidèle Luna Blu. Encore que de mon côté, j'aurais bien poursuivi l'épopée jusqu'à Salvador quand le vent a fait son grand retour après plusieurs jours d'une infernale disette. Car le cousin du " pot au " était plus retord que jamais et dans la moiteur des tropiques, nous commencions à  devenir plus fous que  ceux qui nous survolaient, à force d'éteindre et de rallumer le moteur.
Oui, j'aurais bien zappé pour la peine Fernando, histoire d'aller au bout de ce secret que l'océan m'avait soufflé ; celui d'avoir réussi grâce à lui à arrêter le temps pour vivre mon présent.
Oui mais Fernando était une escale promise et l'appel de la terre a été plus grand. Et nous sommes donc redevenus ce que nous sommes, des terriens, pousseurs de caddie, buveurs de caipirinha, consommateurs de wifi... et malgré toutes les saveurs du Brésil qui exaltent déjà sur ce petit bout de vert sur le bleu de la mer, je suis arrivée à la conclusion que la terre ne m'avait pas manqué durant ma transatlantique, seulement ceux qui y vivent et je n'ai eu qu'une hâte :poursuivre notre navigation même si sans doute elle n'aurait pas le même goût.
Effectivement ! Nous naviguons depuis 24h au prés. C'est une allure qui fait gîter le voilier. En clair on vit en permanence penché ; au lit, aux chiottes, en faisant la vaisselle, en se lavant, en mangeant, en lisant... Un peu comme si on vivait sur une colline avec un plancher qui l'épouserait mais que en plus on rajouterait un petit mouvement de balancier, histoire de rigoler. Une sorte de manège permanent qu'on ne peut plus arrêter... Qui nous précipite sur les cloisons ou les bras d'un équipier. Qui fait des bleus aussi. Christine, la prof de Pilates du bord dit que ça fait travailler les muscles profonds. Moi je dirais plutôt que ça a le don de me mettre les nerfs en boules et que finalement je ne veux pas être un poisson !

Nous sommes jeudi 24 janvier 2019 et il est 10h33 (impossible cette nuit d'écrire quoi que ce soit vu la gîte !) en temps universel. Nous marchons à 7,7 nœuds par 06°36 0709 S et 033° 15 7771 W et tout va bien à bord.
A bientôt."

Transatlantique

19/22 janvier 2019
Escale à Fernando de Noronha :  archipel brésilien à 350 km des côtes de l’Amérique du Sud.
L'île des dauphins, des requins, des tortues et des frégates, classée réserve naturelle de la biosphère par l'Unesco.


Jeudi 17  janvier 2019

"Bonjour à tous,
On se croyait tiré d'affaire, débarrassé, terminé, derrière nous, plié le gentil "pot au" en 2/2 mais que néni ! Nous avons rencontré son cousin moins de 24h plus tard et nous voilà scotchés dans l'Atlantique depuis plus de 24h, sans un pet d'air, dans une pétole d'un autre monde qui a fini d'agiter nos voiles et commence à jouer avec nos nerfs.
Et comme on a la tête à l'envers depuis hier, il nous en faut peu pour perdre le nord. Ce dernier a en effet disparu de nos écrans à 10h56 TU très exactement et nous avons fêté comme il se doit ce passage dans l'hémisphère sud à la voile.
Pour l'occasion Gabriel et P'tit Mousse, la mascotte de son école, avaient revêtu le costume de Neptune. Tout habillé de blanc, trident en main et couronne sur la tête, il ressemblait à un petit ange gracieux, joyeux et facétieux avec ses belles et longues boucles d'enfant qui n'a pas vu de coiffeur depuis 4 mois.
Neptune, bon prince, a ensuite prêté son costume aux adultes, histoire d'immortaliser cet événement qui m'a rendue heureuse. S'en ai suivi la traditionnelle remise des diplômes du passage de l'équateur par le capitaine à tous les membres de l'équipage et quelques bulles offertes à l'océan, à Eole qui depuis doit cuver, au Luna Blu, notre fidèle compagnon et à nos gosiers que la séance photo largement commentée avait asséchés.
Bref, hier comme tous les jours qui l'ont précédé depuis notre départ, on ne s'est pas ennuyé sur le Luna Blu. D'autant que la pétole a tout de même du bon car elle nous a permis d'apercevoir un groupe majestueux de dauphins qui nageaient au loin et un beau poisson de plus d'un mètre qui a suivi le voilier pendant quelques minutes, le temps de jouer à nous faire peur sur la détermination de son espèce qui à ce jour reste inconnue. Et puis il y a eu la baignade et la douche chaudes sur la plage arrière, les lessives qui font ressembler les filières du Luna Blu à un balcon napolitain, les parties de jeu de famille dans le carré pendant les grains et Robert Smith un soir à fond dans la cockpit. Les voisins n'ont pas moufté.
Nous pensions au départ faire escale ce soir à Fernando de Noronha, petite île brésilienne à moins de 1000 milles environ de Salvador de Bahia, notre destination finale. Vu l'état de la mer, on n'y sera jamais ce soir. Mais pas de panique, nous avons encore de l'eau, de la nourriture, du carburant, un peu de patience et d'humilité pour continuer de vivre la mer qui nous rappelle que c'est elle qui fixe les règles et que nous devons savoir nous adapter.

Nous sommes jeudi 17 janvier 2019 (4 mois aujourd'hui que nous avons quitté Sète) et il est 7h12 en temps universel. Nous marchons à 3,8 nœuds (au moteur car pas de vent) par 01°07 5034 S et 031° 51 9435 W et tout va bien à bord.
A bientôt."


Mardi 15  janvier 2019

"Bonjour à tous,
Il est 2h15 en temps universel à bord du Luna Blu, soit 1h18 pour nous qui sommes toujours à l'heure du Cap vert et je viens de prendre la relève de Siegfried pour 2 heures de quart. Comme toutes les nuits depuis notre départ, l'équipage se relaie de 21h à 7h du matin, par tranche de 2h pour assurer une veille extérieure à 360°, contrôler que le vent reste constant et réveiller Jean-Luc si la situation l'exige. Depuis notre départ pour la transatlantique, les quarts sont globalement peu animés. Comme dirait Jean-Luc, la route est large, si large que nous n'avons croisé pour l'instant que 3 autres bateaux type cargo. Côté manœuvre, les alizés nous ont assuré pour l'instant un secteur de vent si régulier qu'une seule fois une partie de l'équipage a été mise à contribution dans la nuit étoilée, pour tomber le spi car le vent montait. Un grand ramdam pour ceux qui dormaient et quelques sueurs pour ceux sortis de leur torpeur.
Mes plus beaux souvenirs de lecture sont sans doute ceux que j'ai vécu en quart de nuit. J'avoue que lire en traversant l'Atlantique de nuit est un plaisir rare qui vient s'ajouter aux autres, enfermés dans ma boîte à souvenirs.
Mais cette nuit, le ciel est tout noir et la lune dont le quartier forme à l'approche de l'hémisphère sud un joli sourire s'en est allée comme les étoiles.
Je n'ai plus de batterie sur mon portable transformé en liseuse, pour poursuivre "Rouge Brésil", pas envie non plus de replonger dans "20 milles lieux sous les mer" et malgré la chaleur et la moiteur de l'air presque insupportable à l'intérieur du voilier, j'ai décidé d'écrire tout en allant jeter un œil de temps en temps à l'extérieur, histoire de vérifier qu'il n'y a pas foule.
Comme Forest Gump, j'ai bien envie de dire qu'une transatlantique c'est comme une boîte de chocolats ; on ne sait jamais sur lequel on va tomber.
Avant-hier et hier, elle nous a en tous les cas une nouvelle fois réservé de belles surprises. Le Luna Blu a d'abord croisé sur sa route une dorade coryphène qui préparé à la tahitienne par Jean-Luc et Christine a fait hier à midi notre régal. Juste avant ce bon repas, l'océan dans un grand élan de générosité nous a offert une douche de 30 minutes qui nous a tous fait oublier nos pauvres bouteilles de 1,5 litres ! Un inespéré et opportun "Ocean-douche", comme dans les publicités, qui nous a tous vu courir chercher notre shampoing pour profiter de cette eau de pluie providentielle et à profusion. Pour Gabriel et moi, c'était jours de douche et ça tombait bien et même si je maintiens qu'il est possible de se doucher avec 1,5 litres d'eau, corps et cheveux, un adulte et un enfant de 6 ans, je confirme qu'il est bon aussi d'avoir un peu, beaucoup, plus. D'ailleurs à la fin, on a du mal à fermer le robinet.
Si le Capitaine Haddock faisait partie de l'équipage, mais Dieu merci nous avons déjà Jean-Luc, il nous traiterait sans doute de marin d'eau douce, d'autant plus que c'est sans doute cet épisode tee-shirt mouillé qui marquera notre passage du pot au noir, désormais derrière nous. Un pot au noir qui a montré au Luna Blu et à son équipage son meilleur profil et que nous remercions vivement pour sa clémence à notre égard.

Nous sommes mardi 15 janvier et il est 2h15 en temps universel. Nous marchons à 6,4 nœuds par 02°36 5994 N et 030° 51 0518 W et tout va bien à bord.
A bientôt."


Dimanche 13 janvier 2019

"Bonjour à tous,
Le voilier Luna Blu avance à bonne allure, sous spi, depuis hier dans la zone perturbée du pot au noir, redoutée par tous les marins pour son absence de vent. Pour l'instant, notre équipage profite à l'inverse de conditions très clémentes qui l'autorisent une vie à bord quasi normale, seulement balancée par le mouvement du voilier sur les vagues.
Hier Jean-Luc et moi avons au petit matin pêché un poisson. Cette espèce inconnue par notre duo de néophytes a été illico confiée aux mains expertes de Nathalie, le cordon bleu du bord, laquelle s'est empressée de le tailler et de le dépecer pour le transformer en ceviche. Nous l'avons dégusté à midi accompagnée d'un verre de vin blanc, entrée suivie par de véritables croque-monsieurs réalisés avec brio malgré des moyens peu adaptés. La veille il y avait eu la tortilla de Siegfried et la tarte aux pommes de Jean-Luc et Gabriel. A quand la poularde et autre rot ?
Hier à la nuit tombée, "j'ai sorti les poubelles" comme à la maison. En claquettes sur le pont de mon voilier, j'ai pris un instant après avoir déposé le sac de déchets dans le coffre avant, pour admirer le reflet de la lune et des étoiles sur cet océan dont on oublierait presque la présence, tant il s'est fait discret jusqu'à maintenant. La lune d'ici m'a souri et je me suis pincée pour être certaine de ne pas rêver.
Après le pot au noir, l'équipage se prépare au passage dans 48 h environ, de l'hémisphère sud que tous marins doit fêter. Gabriel pourrait revêtir la toge et le trident de Neptune et le capitaine remettre à chacun un diplôme. Mais ça, c'est une autre histoire que je vous raconterai la prochaine fois.

Nous sommes dimanche 13 janvier et il est 8h12 en temps universel. Nous marchons à 7 nœuds par 06°44 6400 N et 029° 46 8828 W et tout va bien à bord.
A bientôt."

Vendredi 11 janvier 2019
 
"Bonjour à tous,
Le temps s'écoule lentement à bord du voilier Luna Blu qui trace vaillamment dans les vagues de l'Atlantique depuis maintenant presque 3 jours. Déjà 421 milles nautique au compteur (près de 800 km) depuis notre départ de Mindello.
Nos journée sont rythmées par l'heure de nos quarts de nuit qui déterminent ensuite nos heures de réveil successifs, la préparation et la prise des repas, le check du voilier intérieur et extérieur, la tombée de la nuit qui nous oblige à dîner tôt afin que le bateau soit rangé et plongé dans la plus grande obscurité pour assurer une veille efficace à la seul lueur des étoiles et de la lune.
Mercredi en fin de journée nous avons largué avec succès la balise ARGO confiée par Voiles sans frontière à Planète en Commun. Luna Blu et son équipage ont ainsi rejoint la centaine de bateaux français, petits et grands, qui chaque année participent a à ce programme international d'observation des océans en larguant sur une zone déterminée, un flotteur autonome qui mesure la température et la salinité de la couche supérieure des océans. Avec une hauteur de près de 2 mètres, un poids d'environ de 20 kg et un protocole de largage précis à respecter, la mise à l'eau nous a tous bien occupés pendant une bonne demi-heure !
Hier de courageux impudiques en maillots de bain ont pris leur douche dans le cockpit en présence du reste de l'équipage. J'ai préféré pour ma part, sans dépasser le litre et demi d'eau douce autorisée par jour, le cabinet de toilette et battu mon record en parvenant à me laver, corps et cheveux, ainsi que Gabriel avec une seule bouteille ! A méditer à la maison sous sa douche...
Gabriel semble bien s'adapter à cette vie simple, avec pour horizon la mer à 360°. Il s'est trouvé des nouveaux compagnons de jeux dans l'équipage. Je le soupçonne d'arguer du mal de mer pour mettre fin aux séances de calculs dont il ne rafolle pas mais nous parvenons tous les deux à poursuivre la
classe tous les matins, assis en tailleur dans le cockpit et balancés par le roulis du bateau.
Un mammifère marin a croisé hier la route du Luna Blu mais n'a guère laissé entrevoir que la gerbe d'eau déplacée par son poids. En revanche, nous rencontrons maintenant depuis plus de 24h, des nappes d'algues sargasses.

Nous sommes vendredi 11 janvier et il est 10h02 en temps universel. Nous marchons à 7 nœuds par 10°37 5171 N et 028° 23 2153 W et tout va bien à
bord.
A bientôt."


Mercredi 9 janvier 2019

"Bonjour à tous,
Nous avons quitté comme convenu hier vers 15h30 heure locale, les pontons de la marina de Mindelo où nous avons passé la fin d'année avec plusieurs amis, venus nous rejoindre ; des moments d'amitié très appréciées alors que nous avons quitté la France et nos proches depuis bientôt 4 mois.
Les préparatifs de la transat ont été un peu longs et fastidieux. J'ai eu l'impression de passer mes journées à faire des courses puis à les ranger même si cette tâche essentielle pour un équipage qui part pour 3 semaines de mer, a été partagée avec le reste des personnes qui vont vivre la transatlantique avec nous, Christine, Suzanne, Nathalie et Siegfried.
Et puis nous sommes partis. C'était un peu banal ce départ finalement au milieu de tous les voiliers de la marina qui comme le notre se préparaient à rejoindre les Caraïbes, la Guyane ou le Brésil. Pas de quoi chopper la grosse tête ! Et c'est seulement à l'heure de l'histoire du soir de Gabriel, alors que nous regardions une carte du monde que j'ai imaginé avec un peu plus d'émotions, le Luna Blu seul au milieu de l'Atlantique pendant 20 jours.
Notre première journée en mer a déjà été marquée par 2 évènements sans gravité mais qui ont bien occupé Jean-Luc et Siegfried. Ils ont du changer en mer une partie du dispositif qui permet de hisser la grand voile après que nous nous soyons rendus compte peu après notre départ qu'il était inopérant.
Nous avons donc navigué jusqu'à ce matin avec le génois seul (voile avant).
Et puis ce matin, Suzanne, destabilisée par le mouvement du voilier, a enfoncé la porte du cabinet de toilette et il a fallu la décoincer. J'ai du ensuite négocier avec Jean-Luc pour qu'il nous laisse la porte car il voulait installer un rideau à la place pour éviter ce type d'incident. Nous avons donc toujours une porte à nos toilettes !
Nos premiers quarts de nuit se sont bien passés. Pas un bateau en vue dans ce vaste océan et une nuit étoilée au cours de laquelle le Luna Blu a croisé pour la première fois la Croix du Sud.
Nous sommes mercredi 9 janvier et il est 15h34 en temps universel. Nous marchons à 6 nœuds par 15°08375 N et 026° 07 751 et tout va bien à bord.
A bientôt."

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La vidéo de la soirée du 30 mars !...

Merci Ninzo pour cette vidéo !

Ninzo est bénévole, compétent, sympa... Comme lui, rejoignez Planète en Commun pour soutenir les projets éducatifs et scientifiques, portés par l'association.

Très prochainement, va démarrer une campagne de crowdfunding pour financer :
- un voyage d'étude sur l'ile El Hierro aux Canaries pour des élèves du Lycée Jean Monnet de Montpellier, en lien avec Alain Gioda, chercheur à l'IRD
- une étude scientifique sur les oiseaux du grand large avec Yann Tremblay, chercheur à l'IRD
- la présence à bord d'une étudiante en design graphique pour la réalisation de chroniques vidéos.
Toutes les informations sur https://planetenco.blogspot.fr/

On a tous en commun la planète

Citoyens de la Terre, navigateurs et parents d’un petit garçon, Gabriel, de 6 ans, Jean-Luc et Sandrine ont décidé de témoigner de la richesse de la planète et de ses océans en allant, en voilier, à la rencontre de leurs habitants.
Au travers de ces rencontres, de ce qu’elles vont leur apprendre sur l’état de la planète et les solutions qui sont trouvées par ses habitants, ils veulent en témoigner, et modestement apporter leur contribution à la préservation de notre bien commun.
Périple commencé le 17 septembre 2018 de Sète, il les conduira dans un premier temps en Méditerranée, en Atlantique jusqu’à Ushuaïa ; à bord du voilier Luna Blu, propriété de la société Carbone-free, partenaire pour ses 10 ans d’existence de cette aventure.





Sur France 3 LR (17/09)

Reportage dans le JT du 19/20 de France 3 LR du 17/09 :
"Une famille prend le large"
de 16'45 à 19'
Reportage France 3