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"Le journal de ma transatlantique" (par Sandrine)





Ici, le journal de Sandrine, à bord du Luna Blu, parti le 8 janvier du Cap-Vert en direction du Brésil, pour une traversée prévue d'une vingtaine de jours.
 


19/22 janvier 2019
Escale à Fernando de Noronha :  archipel brésilien à 350 km des côtes de l’Amérique du Sud.
L'île des dauphins, des requins, des tortues et des frégates, classée réserve naturelle de la biosphère par l'Unesco.


Jeudi 17  janvier 2019

"Bonjour à tous,
On se croyait tiré d'affaire, débarrassé, terminé, derrière nous, plié le gentil "pot au" en 2/2 mais que néni ! Nous avons rencontré son cousin moins de 24h plus tard et nous voilà scotchés dans l'Atlantique depuis plus de 24h, sans un pet d'air, dans une pétole d'un autre monde qui a fini d'agiter nos voiles et commence à jouer avec nos nerfs.
Et comme on a la tête à l'envers depuis hier, il nous en faut peu pour perdre le nord. Ce dernier a en effet disparu de nos écrans à 10h56 TU très exactement et nous avons fêté comme il se doit ce passage dans l'hémisphère sud à la voile.
Pour l'occasion Gabriel et P'tit Mousse, la mascotte de son école, avaient revêtu le costume de Neptune. Tout habillé de blanc, trident en main et couronne sur la tête, il ressemblait à un petit ange gracieux, joyeux et facétieux avec ses belles et longues boucles d'enfant qui n'a pas vu de coiffeur depuis 4 mois.
Neptune, bon prince, a ensuite prêté son costume aux adultes, histoire d'immortaliser cet événement qui m'a rendue heureuse. S'en ai suivi la traditionnelle remise des diplômes du passage de l'équateur par le capitaine à tous les membres de l'équipage et quelques bulles offertes à l'océan, à Eole qui depuis doit cuver, au Luna Blu, notre fidèle compagnon et à nos gosiers que la séance photo largement commentée avait asséchés.
Bref, hier comme tous les jours qui l'ont précédé depuis notre départ, on ne s'est pas ennuyé sur le Luna Blu. D'autant que la pétole a tout de même du bon car elle nous a permis d'apercevoir un groupe majestueux de dauphins qui nageaient au loin et un beau poisson de plus d'un mètre qui a suivi le voilier pendant quelques minutes, le temps de jouer à nous faire peur sur la détermination de son espèce qui à ce jour reste inconnue. Et puis il y a eu la baignade et la douche chaudes sur la plage arrière, les lessives qui font ressembler les filières du Luna Blu à un balcon napolitain, les parties de jeu de famille dans le carré pendant les grains et Robert Smith un soir à fond dans la cockpit. Les voisins n'ont pas moufté.
Nous pensions au départ faire escale ce soir à Fernando de Noronha, petite île brésilienne à moins de 1000 milles environ de Salvador de Bahia, notre destination finale. Vu l'état de la mer, on n'y sera jamais ce soir. Mais pas de panique, nous avons encore de l'eau, de la nourriture, du carburant, un peu de patience et d'humilité pour continuer de vivre la mer qui nous rappelle que c'est elle qui fixe les règles et que nous devons savoir nous adapter.

Nous sommes jeudi 17 janvier 2019 (4 mois aujourd'hui que nous avons quitté Sète) et il est 7h12 en temps universel. Nous marchons à 3,8 nœuds (au moteur car pas de vent) par 01°07 5034 S et 031° 51 9435 W et tout va bien à bord.
A bientôt."


Mardi 15  janvier 2019

"Bonjour à tous,
Il est 2h15 en temps universel à bord du Luna Blu, soit 1h18 pour nous qui sommes toujours à l'heure du Cap vert et je viens de prendre la relève de Siegfried pour 2 heures de quart. Comme toutes les nuits depuis notre départ, l'équipage se relaie de 21h à 7h du matin, par tranche de 2h pour assurer une veille extérieure à 360°, contrôler que le vent reste constant et réveiller Jean-Luc si la situation l'exige. Depuis notre départ pour la transatlantique, les quarts sont globalement peu animés. Comme dirait Jean-Luc, la route est large, si large que nous n'avons croisé pour l'instant que 3 autres bateaux type cargo. Côté manœuvre, les alizés nous ont assuré pour l'instant un secteur de vent si régulier qu'une seule fois une partie de l'équipage a été mise à contribution dans la nuit étoilée, pour tomber le spi car le vent montait. Un grand ramdam pour ceux qui dormaient et quelques sueurs pour ceux sortis de leur torpeur.
Mes plus beaux souvenirs de lecture sont sans doute ceux que j'ai vécu en quart de nuit. J'avoue que lire en traversant l'Atlantique de nuit est un plaisir rare qui vient s'ajouter aux autres, enfermés dans ma boîte à souvenirs.
Mais cette nuit, le ciel est tout noir et la lune dont le quartier forme à l'approche de l'hémisphère sud un joli sourire s'en est allée comme les étoiles.
Je n'ai plus de batterie sur mon portable transformé en liseuse, pour poursuivre "Rouge Brésil", pas envie non plus de replonger dans "20 milles lieux sous les mer" et malgré la chaleur et la moiteur de l'air presque insupportable à l'intérieur du voilier, j'ai décidé d'écrire tout en allant jeter un œil de temps en temps à l'extérieur, histoire de vérifier qu'il n'y a pas foule.
Comme Forest Gump, j'ai bien envie de dire qu'une transatlantique c'est comme une boîte de chocolats ; on ne sait jamais sur lequel on va tomber.
Avant-hier et hier, elle nous a en tous les cas une nouvelle fois réservé de belles surprises. Le Luna Blu a d'abord croisé sur sa route une dorade coryphène qui préparé à la tahitienne par Jean-Luc et Christine a fait hier à midi notre régal. Juste avant ce bon repas, l'océan dans un grand élan de générosité nous a offert une douche de 30 minutes qui nous a tous fait oublier nos pauvres bouteilles de 1,5 litres ! Un inespéré et opportun "Ocean-douche", comme dans les publicités, qui nous a tous vu courir chercher notre shampoing pour profiter de cette eau de pluie providentielle et à profusion. Pour Gabriel et moi, c'était jours de douche et ça tombait bien et même si je maintiens qu'il est possible de se doucher avec 1,5 litres d'eau, corps et cheveux, un adulte et un enfant de 6 ans, je confirme qu'il est bon aussi d'avoir un peu, beaucoup, plus. D'ailleurs à la fin, on a du mal à fermer le robinet.
Si le Capitaine Haddock faisait partie de l'équipage, mais Dieu merci nous avons déjà Jean-Luc, il nous traiterait sans doute de marin d'eau douce, d'autant plus que c'est sans doute cet épisode tee-shirt mouillé qui marquera notre passage du pot au noir, désormais derrière nous. Un pot au noir qui a montré au Luna Blu et à son équipage son meilleur profil et que nous remercions vivement pour sa clémence à notre égard.

Nous sommes mardi 15 janvier et il est 2h15 en temps universel. Nous marchons à 6,4 nœuds par 02°36 5994 N et 030° 51 0518 W et tout va bien à bord.
A bientôt."


Dimanche 13 janvier 2019

"Bonjour à tous,
Le voilier Luna Blu avance à bonne allure, sous spi, depuis hier dans la zone perturbée du pot au noir, redoutée par tous les marins pour son absence de vent. Pour l'instant, notre équipage profite à l'inverse de conditions très clémentes qui l'autorisent une vie à bord quasi normale, seulement balancée par le mouvement du voilier sur les vagues.
Hier Jean-Luc et moi avons au petit matin pêché un poisson. Cette espèce inconnue par notre duo de néophytes a été illico confiée aux mains expertes de Nathalie, le cordon bleu du bord, laquelle s'est empressée de le tailler et de le dépecer pour le transformer en ceviche. Nous l'avons dégusté à midi accompagnée d'un verre de vin blanc, entrée suivie par de véritables croque-monsieurs réalisés avec brio malgré des moyens peu adaptés. La veille il y avait eu la tortilla de Siegfried et la tarte aux pommes de Jean-Luc et Gabriel. A quand la poularde et autre rot ?
Hier à la nuit tombée, "j'ai sorti les poubelles" comme à la maison. En claquettes sur le pont de mon voilier, j'ai pris un instant après avoir déposé le sac de déchets dans le coffre avant, pour admirer le reflet de la lune et des étoiles sur cet océan dont on oublierait presque la présence, tant il s'est fait discret jusqu'à maintenant. La lune d'ici m'a souri et je me suis pincée pour être certaine de ne pas rêver.
Après le pot au noir, l'équipage se prépare au passage dans 48 h environ, de l'hémisphère sud que tous marins doit fêter. Gabriel pourrait revêtir la toge et le trident de Neptune et le capitaine remettre à chacun un diplôme. Mais ça, c'est une autre histoire que je vous raconterai la prochaine fois.

Nous sommes dimanche 13 janvier et il est 8h12 en temps universel. Nous marchons à 7 nœuds par 06°44 6400 N et 029° 46 8828 W et tout va bien à bord.
A bientôt."

Vendredi 11 janvier 2019
 
"Bonjour à tous,
Le temps s'écoule lentement à bord du voilier Luna Blu qui trace vaillamment dans les vagues de l'Atlantique depuis maintenant presque 3 jours. Déjà 421 milles nautique au compteur (près de 800 km) depuis notre départ de Mindello.
Nos journée sont rythmées par l'heure de nos quarts de nuit qui déterminent ensuite nos heures de réveil successifs, la préparation et la prise des repas, le check du voilier intérieur et extérieur, la tombée de la nuit qui nous oblige à dîner tôt afin que le bateau soit rangé et plongé dans la plus grande obscurité pour assurer une veille efficace à la seul lueur des étoiles et de la lune.
Mercredi en fin de journée nous avons largué avec succès la balise ARGO confiée par Voiles sans frontière à Planète en Commun. Luna Blu et son équipage ont ainsi rejoint la centaine de bateaux français, petits et grands, qui chaque année participent a à ce programme international d'observation des océans en larguant sur une zone déterminée, un flotteur autonome qui mesure la température et la salinité de la couche supérieure des océans. Avec une hauteur de près de 2 mètres, un poids d'environ de 20 kg et un protocole de largage précis à respecter, la mise à l'eau nous a tous bien occupés pendant une bonne demi-heure !
Hier de courageux impudiques en maillots de bain ont pris leur douche dans le cockpit en présence du reste de l'équipage. J'ai préféré pour ma part, sans dépasser le litre et demi d'eau douce autorisée par jour, le cabinet de toilette et battu mon record en parvenant à me laver, corps et cheveux, ainsi que Gabriel avec une seule bouteille ! A méditer à la maison sous sa douche...
Gabriel semble bien s'adapter à cette vie simple, avec pour horizon la mer à 360°. Il s'est trouvé des nouveaux compagnons de jeux dans l'équipage. Je le soupçonne d'arguer du mal de mer pour mettre fin aux séances de calculs dont il ne rafolle pas mais nous parvenons tous les deux à poursuivre la
classe tous les matins, assis en tailleur dans le cockpit et balancés par le roulis du bateau.
Un mammifère marin a croisé hier la route du Luna Blu mais n'a guère laissé entrevoir que la gerbe d'eau déplacée par son poids. En revanche, nous rencontrons maintenant depuis plus de 24h, des nappes d'algues sargasses.

Nous sommes vendredi 11 janvier et il est 10h02 en temps universel. Nous marchons à 7 nœuds par 10°37 5171 N et 028° 23 2153 W et tout va bien à
bord.
A bientôt."


Mercredi 9 janvier 2019

"Bonjour à tous,
Nous avons quitté comme convenu hier vers 15h30 heure locale, les pontons de la marina de Mindelo où nous avons passé la fin d'année avec plusieurs amis, venus nous rejoindre ; des moments d'amitié très appréciées alors que nous avons quitté la France et nos proches depuis bientôt 4 mois.
Les préparatifs de la transat ont été un peu longs et fastidieux. J'ai eu l'impression de passer mes journées à faire des courses puis à les ranger même si cette tâche essentielle pour un équipage qui part pour 3 semaines de mer, a été partagée avec le reste des personnes qui vont vivre la transatlantique avec nous, Christine, Suzanne, Nathalie et Siegfried.
Et puis nous sommes partis. C'était un peu banal ce départ finalement au milieu de tous les voiliers de la marina qui comme le notre se préparaient à rejoindre les Caraïbes, la Guyane ou le Brésil. Pas de quoi chopper la grosse tête ! Et c'est seulement à l'heure de l'histoire du soir de Gabriel, alors que nous regardions une carte du monde que j'ai imaginé avec un peu plus d'émotions, le Luna Blu seul au milieu de l'Atlantique pendant 20 jours.
Notre première journée en mer a déjà été marquée par 2 évènements sans gravité mais qui ont bien occupé Jean-Luc et Siegfried. Ils ont du changer en mer une partie du dispositif qui permet de hisser la grand voile après que nous nous soyons rendus compte peu après notre départ qu'il était inopérant.
Nous avons donc navigué jusqu'à ce matin avec le génois seul (voile avant).
Et puis ce matin, Suzanne, destabilisée par le mouvement du voilier, a enfoncé la porte du cabinet de toilette et il a fallu la décoincer. J'ai du ensuite négocier avec Jean-Luc pour qu'il nous laisse la porte car il voulait installer un rideau à la place pour éviter ce type d'incident. Nous avons donc toujours une porte à nos toilettes !
Nos premiers quarts de nuit se sont bien passés. Pas un bateau en vue dans ce vaste océan et une nuit étoilée au cours de laquelle le Luna Blu a croisé pour la première fois la Croix du Sud.
Nous sommes mercredi 9 janvier et il est 15h34 en temps universel. Nous marchons à 6 nœuds par 15°08375 N et 026° 07 751 et tout va bien à bord.
A bientôt."

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Périple commencé le 17 septembre 2018 de Sète, il les conduira dans un premier temps en Méditerranée, en Atlantique jusqu’à Ushuaïa ; à bord du voilier Luna Blu, propriété de la société Carbone-free, partenaire pour ses 10 ans d’existence de cette aventure.





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